Graffiti au Sénégal : quand les murs deviennent des récits

À Dakar et dans d’autres villes du Sénégal, des artistes utilisent les murs pour partager des histoires, des identités et des idées. Leurs fresques attirent le regard, mais leur réalisation exige bien plus qu’un geste spontané : apprentissage technique, préparation et moyens sont au cœur de cette pratique.
Le graffiti au Sénégal, un art de la rue et de la mémoire
Dans un article publié par EnQuête+, trois graffeurs racontent leur parcours : Baba Danso, alias King-Baba, Dasha’a et Babacar Sadikh Niang, connu sous le nom de Nivng.Pro. Leurs expériences montrent comment le graffiti sénégalais s’est affirmé comme une forme d’expression artistique, ancrée dans la rue et tournée vers le public.
Pour Baba Danso, le dessin précède la découverte du graffiti, qu’il associe à la liberté de s’exprimer et à son histoire personnelle. La culture mandingue occupe une place importante dans son travail. Nivng.Pro, lui, puise dans la mémoire et l’histoire, mais aussi dans des thèmes liés à la jeunesse, à la dignité et à la culture africaine. Une fresque peut transmettre une vision ou poser une question, sans imposer une seule interprétation aux passants.
Derrière la fresque, un apprentissage exigeant
Peindre sur un grand mur demande de maîtriser l’aérosol, les couleurs, les contours et les formes. Nivng.Pro a notamment suivi une formation au graffiti en 2020 auprès de Sange 07, qui lui a appris à manipuler sa première bombe de peinture. Cette étape a marqué son parcours après une première expérience de fresque, en 2019, au carnaval de Santiaba, à Ziguinchor.
La création commence avant l’application de la peinture : il faut réfléchir au thème, concevoir un visuel, préparer le support et organiser l’intervention. Les bombes, les outils et les déplacements représentent des coûts que les artistes doivent prendre en compte. Baba Danso et Nivng.Pro évoquent le manque de moyens et la difficulté à faire reconnaître pleinement le graffiti comme un métier.
Le travail peut aussi se prolonger au-delà du mur. Nivng.Pro participe à l’organisation du Festigraff, où il est chargé de la régie liée au logement et à l’accueil des artistes. Festivals, ateliers et projets collectifs font ainsi partie de l’environnement culturel dans lequel s’inscrit cette pratique.
La place des femmes dans la scène graffiti
Dasha’a a découvert le graffiti grâce à des collègues des Beaux-Arts de Dakar, qui l’ont encouragée à rejoindre ce milieu. Elle y a trouvé une occasion d’apprendre à travailler sur de grands supports et dans des délais courts. Son expérience lui a aussi révélé les difficultés auxquelles les femmes peuvent être confrontées dans un univers majoritairement masculin, notamment les remarques dévalorisantes et le manque de considération.
Elle souligne cependant que des artistes femmes ont réussi à gagner leur place et le respect de leurs pairs. Ses œuvres cherchent à communiquer avec le public tout en laissant à chacun la liberté d’y trouver son propre sens.
Les parcours de ces trois artistes montrent différentes facettes du graffiti au Sénégal : une création qui raconte et questionne, un savoir-faire qui s’apprend et une activité professionnelle encore confrontée à des difficultés de financement et de reconnaissance.
Références : enqueteplus.com · dakardirectv.com · ifs.sn



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